Les étoiles errantes
Les étoiles errantes de Tommy Orange aux Éditions Albin Michel
Collection Terres d’Amérique
Traduit de l’américain par Stéphane Roques
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“On continue de subir un malheur même quand il cesse. ”
À travers Les étoiles errantes, Tommy Orange poursuit l’Histoire commencée avec son extraordinaire premier roman : Ici n’est plus ici, (ma chronique à retrouver ici) où il abordait à travers ses personnages une violence destructrice qui se poursuit d’une génération à l’autre, avec la même férocité.
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C’est à travers les saisons, cette fois, des origines à nos jours, que Tommy Orange plante sa plume et nous offre bien plus qu’un roman, il nous transporte au cœur des racines de ses ancêtres d’où s’élèvent un arbre aux multiples branches qui malgré un climat pas toujours favorable aux Indiens, continue malgré tout de pousser en véritable résistant.
“ Les ennuis ont commencé quand les agents indiens nous ont annoncé que nous devions mettre un terme à tous nos rituels de cérémonies. Que tout ça était hors-la-loi. J’ai fait ce qu’on m’a dit. Je me suis exécuté jusqu’à ce que ça ne soit plus possible. ”
Les étoiles du présent et du passé continuent d’errer entre ces pages, et c’est à travers cinq générations que l’auteur revient sur l’identité autochtones que l’on a tenté d’éradiquer à multiples reprises.
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“ Quand il émerge de l’obscurité, il entend quelqu’un hurler qu’ils arrivent à Washington. Le nom du président est symbole de tout un pays, comme s’il incarnait ce que les Indiens étaient censés approuver pour leur propre bien. Assimilation est l’un de ces mots pour utilisés pour désigner les Indiens qui deviennent blancs afin de survivre, afin de ne pas se faire tuer. Le train est à l’arrêt et les portes sont bloquées. Les enfants ont disparu et les passagers restant sont tous blancs. ”
En plus de les exproprier, de leur voler leurs terres, leur extermination n’a cessé de se poursuivre, les déshumanisant en les dépossédant de leur culture, en les rebaptisant sous prétexte de les intégrer à la nouvelle Amérique.
“ En 1924, l’année de ta naissance, les guerres indienne qui ont duré plusieurs siècles seront officiellement déclarées terminées. Un conflit aussi long devient victorieux du seul fait d’en finir, sans vainqueur, ni vaincu, seul ce qui reste, ce qui survit à tant de conflit devient plus fort que la guerre elle-même du seul fait d’y avoir survécu. Et en 1924, la citoyenneté américaine vous sera accordée, même si ça signifiera aussi la dissolution des tribus, dissolution étant synonyme de disparition, sorte de vocabulaire chimique signifiant, l’effacement progressif des Indiens, une mort clinique conçue par des psychopathes se faisant appeler hommes politiques. ”
A travers ses personnages, (pour certains, croisés dans son premier roman), il fait un véritable travail de mémoire en retraçant l’Histoire d’une famille amérindienne, confrontée d’une génération à l’autre à une assimilation culturelle forcée qui n’est pas sans conséquences sur chaque membre de cette même famille.
“ Les écrits sur lesquels tu tombes sont pour la plupart des lettres, mais il y en a d’autres que tu ne sauras pas dans quelle catégorie ranger. En partie histoire familiale, en partie poésie, en partie tout autre chose. Tu tireras quelque chose de ces textes que tu vas chérir.
Tu verras que les phrases te resteront en tête. Qu’elles vivront avec toi. Ou existeront en toi comme si elles avaient toujours été là. ”
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Tommy Orange, laisse à son tour son empreinte, une trace dans l’Histoire, en digne passeur de ses ancêtres, pour que Les étoiles errantes continuent de briller, pour que l’espoir d’un avenir meilleur, leur soit permis.
“ On raconte beaucoup d’histoire sur ce qui se passe après la mort. On devient lumière, la lumière morte des étoiles, ou bien on nage dans la rivière du ciel ou on devient le sol de la Terre. Les anges, les démons et les fantômes. Tout devient une histoire que l’on se raconte à propos du silence.
Mais les histoires se racontent après coup. Et le seul fait avéré sur la vie après la mort, c’est que rien ne vient de là-bas. Tout va là-bas.
Quand tu partiras, il restera tant de choses que tu ne sais pas sur la façon dont tu es arrivé ici.
Tu descends d’un peuple qui a survécu, en faisant avantages que survivre, qui a fait de son mieux pour rester uni. Mais tu ne sais pas si ceux qui viendront après toi seront capables d’en faire autant. Et eux ne sauront pas si ils seront capables de prodiguer ce type d’amour qui survit à la survie, qui retient des éclats de balles dans un corps, les empêche empoisonner le sang, ce type d’amour qui choisit la voix la plus ardue, celle qui inclut le plus et nous le moins, celle qui s’écarte de l’égoïsme. Personne ne saura si quelqu’un a la capacité de faire de cet endroit davantage que la somme de ses douleurs. ”
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Une magnifique plume autochtone, une voix singulière remarquable que j’ai retrouvé avec un énorme plaisir.
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